TOUS CES PETITS RIENS, TOUTES CES BEAUX PETITS INSTANTS...
TOUS CES PETITS RIENS, TOUTES CES BEAUX PETITS INSTANTS...

Quand la méditation vient aux enfants...

Méditer peut prendre des formes simples que les enfants apprécient et peuvent pratiquer seuls après une phase d'initiation. Avec des bénéfices multiples. Jeanne Siaud-Facchin 2

Observer attentivement une grenouille, une fourmi, une goutte de rosée : l'enfant adopte spontanément la bonne attitude pour être dans l'instant présent, et se rapproche sans le savoir de ce que l'on nomme les états méditatifs. Melanie DeFazio / Shutterstock L'essentiel • La méditation de pleine conscience est une pratique faite d’exercices consistant à préciser, en silence et dans l’inaction, sa conscience de différentes perceptions, sensations, ou pensées. •

Conseillée aux adultes, mais aussi à certains enfants, elle améliore les capacités d’attention, réduit le stress et l’impulsivité, et renforce le sentiment de liberté de choix. •

Certains systèmes éducatifs à l’étranger intègrent cette formation dans la scolarité, et permettent aux enfants de retrouver le contrôle de leur attention et de leurs émotions. L'auteur Jeanne Siaud-Facchin est psychologue clinicienne, fondatrice des centres Cogito'Z, centres français de diagnostic et de prise en charge des troubles des apprentissages scolaires. La méditation de pleine conscience, progressivement, s’installe comme une technique efficace pour vivre mieux, s’apaiser et se reconnecter à soi-même. Elle commence aussi à s’inviter dans le domaine de la santé pour réduire l’anxiété, sortir des états dépressifs, stimuler le système immunitaire, favoriser la guérison...

Elle propose de prendre conscience, par des exercices, de tout ce qui constitue notre expérience de l’instant présent. Conscience des sons, de la respiration, des sensations corporelles, des odeurs…

Conscience aussi du flux des pensées qui se succèdent, sans chercher à se focaliser sur elles. Cette méthode fait l’objet d’un très grand nombre d’évaluations et recherches scientifiques à travers le monde.

Refaçonnée par les Américains qui l’ont formalisée sous forme de protocoles rigoureux (mbsr – Mindfulness Based Stress Reduction, ou Réduction du stress fondée sur la pleine conscience – ou mbct – Mindfulness Based Cognitive Therapy, Thérapie cognitive fondée sur la pleine conscience), peut-elle avoir sa place dans l’univers de l’enfance, voire de l’adolescence ? Si oui, quels bénéfices en attendre et quel type de pratique recommander ?

Enfants méditants Un jeune enfant qui joue, assis par terre, grattant la terre, absorbé par ses sensations, est totalement dans l’instant présent. Il s’adonne sans le savoir à une forme de méditation spontanée où tout le corps et l’esprit sont focalisés sur ce qui est en train de se vivre.

Aucune rumination mentale, aucune inquiétude pour le futur, aucune nostalgie de ce qui appartient au passé... Telle est l’attitude méditative : accueillir pleinement ce qui est, sans rien chercher à changer. Pourtant, la vie va très vite plonger l’enfant dans une accélération du temps où les stimulations extérieures, la pression de la réussite, les enjeux de la performance, vont l’entraîner dans un tourbillon qui va créer une multitude de tensions et de stress. L’enfant est particulièrement perméable aux stimulus externes. Le stress environnant le touche, avec des conséquences insidieuses. Dès l’entrée à l’école, il est fréquent de rencontrer de jeunes élèves qui, déjà, souffrent d’une agitation psychique à l’origine d’un comportement turbulent, vite réprimandé par l’école. Les enfants d’aujourd’hui, soumis à de nombreuses sollicitations, ont de plus en plus de mal à se poser tranquillement, s’asseoir, écouter, se concentrer…

Le multitâche est devenu leur mode de vie et de pensée avec tous ses effets indésirables. L’esprit « pollué » par trop de stimulations Notre époque est celle du zapping. Tout va vite. Très vite. Trop vite. Une chose presque instantanément en chasse une autre. La télévision aux centaines de programmes simultanés, les jeux vidéo où l’action exige une rapidité extrême, Internet avec sa toile infinie et ses fenêtres sur le monde ouvertes simultanément, les réseaux sociaux qui obligent à une réactivité immédiate, les téléphones mobiles qui nous connectent les uns aux autres dans un va-et-vient ininterrompu… Nos enfants sont les premiers exposés et, s’il ne s’agit pas de blâmer cette époque « d’hyperconnexion », il est essentiel de comprendre que cette pratique du « multitâche » constant auquel nous sommes tous soumis finit par nous épuiser mentalement.

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